Ingrid Wallenborg

Sur les pas de Jane Austen à Londres

Née dans le village de Steventon dans le Hampshire, l’écrivaine des romans tels « Orgueil et préjugés » et « Raison et sentiments » avait de nombreuses raisons de visiter Londres pendant sa vie. En effet, plusieurs lieux visités par Austen lui servaient d’inspiration pour des descriptions de quartiers chics ou habitent des personnages tels Mme Jennings de « Raison et sentiments ». Les activités sociales et les spectacles de la capitale qui amusaient les classes aisées, décrits de manière tellement vivante dans les romans d’Austen, ont fait partie de ses propres expériences. Pendant notre tour de dix endroits liés à cette femme distinguée qui remarquait tout, vous aurez un aperçu de la vie de l’un des auteurs les plus renommés en Angleterre. Venez avec moi, un guide touristique Blue Badge, sur les pas de Jane Austen à Londres!

Portrait of Jane Austen by her sister Cassandra, in watercolour and pencil. Photo Credit: © Public Domain via Wikimedia Commons.
Portrait of Jane Austen by her sister Cassandra, in watercolour and pencil. Photo Credit: © Public Domain via Wikimedia Commons.

Le frère aisé

Un des six frères de Jane, Henry, habitait 64 Sloane Street avec sa femme, Eliza, la cousine de Jane et une amie proche. Henry était le frère préféré de Jane et lui ressemblait le plus au niveau de tempérament. Lui et deux associés avaient créé une banque – Austen, Maunde et Tilson – et il menait une vie d’homme d’affaires londonien dans ce quartier plutôt rural de la capitale jusqu’à l’année 1815. Il a aussi joué un rôle clé en aidant Jane à publier son œuvre. Jane restait chez Henry pendant ses visites à Londres, des séjours qui lui fournissaient un aperçu de la vie mondaine. Henry se plaisait à divertir sa sœur avec des fêtes et des visites à théâtre. Aujourd’hui le bâtiment abrite une banque d’investissement et sa façade a été ravalée en 1897. Cependant, l’intérieur de la maison originale date des années juste après 1780.

64 Sloane Street in London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg. 64 Sloane Street in London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg.

Le bel Irlandais aux cheveux blonds

Austen, qui ne s’est jamais mariée, avait 20 ans lors de son bref flirt avec Tom Lefroy, un bel Irlandais aux cheveux blonds et le neveu de sa voisine à Steventon, Mme Lefroy. Le compte rendu de cette ‘liaison’ se trouve dans la correspondance de Jane avec sa sœur, Cassandra. Là elle assure à sa sœur que rien de sérieux ne s’est passé mais qu’elle aimait bien être source de son attention. Apres avoir passé du temps avec Jane et ses parents, Tom a repris ses études de droit à Lincoln’s Inn – une des quatre ‘Inns of Court’ [écoles de droit] à Londres – et ensuite il est devenu juge en chef d’Irlande. Plus tard il a admis qu’il était vraiment tombé amoureux de Jane, mais que sa situation financière à l’époque ne permettait pas une offre de mariage. Peut-être un mal pour un bien.

The Honourable Society of Lincoln's Inn. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg. The Honourable Society of Lincoln’s Inn. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg.

Mort subite

Jane logeait chez son frère Henry au 10 Henrietta Street pendant l’été de 1813 et en mars 1814. Henry, intelligent, sûr de lui et d’un naturel optimiste, était désespéré en 1813 par la mort de sa femme bien-aimée, Eliza. Elle avait épousé Henry après que son premier mari, un capitaine dans l’armée française, était guillotiné en 1794 pendant la Révolution française. Eliza et Jane avaient correspondu par lettres et elles partageaient toutes deux un amour pour le théâtre. Henrietta Street était située à une très courte distance des deux théâtres de Drury Lane et de Covent Garden. Il est possible qu’Eliza, pleine d’esprit, ait influencé la représentation des femmes brillantes telle Elisabeth Bennet dans « Orgueil et préjugés ». Peu après la mort de sa femme, Henry a emménagé au numéro 10, dans des pièces au-dessus de sa propre banque où Jane et une de ses nièces préférées, Fanny Knight, lui rendaient visite en 1814.

10 Henrietta Street in London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg. 10 Henrietta Street in London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg.

Une passionée des arts dramatiques

Jane adorait Shakespeare et le théâtre. Pendant son enfance, sa famille organisait des spectacles amateurs, choisissant des pièces typiques du théâtre comique de la fin du 18ieme siècle telle « Les Rivales » de Sheridan. Au 18ieme siècle, aller au théâtre est devenu une façon très à la mode de passer la soirée. Lors des visites chez Henry, il parait que Jane allait au théâtre le plus souvent possible, découvrant plusieurs des plus grands comédiens de son époque telles Mme Siddons (la Reine de tragédie) et Mme Jordan. En 1814, une nouvelle vedette de tragédie est apparue sur la scène londonienne, Edmund Kean, qui incarnait brillamment Richard III et Shylock. Pendant qu’elle négociait la publication de « Mansfield Park » à Londres, Jane l’a vu jouer à Drury Lane. Après elle écrit : « Nous étions plutôt satisfaits avec Kean ; je ne peux pas m’imaginer une meilleure interprétation mais le rôle était trop court »

A cause des brevets royaux protecteurs, Londres n’avait à l’époque que deux théâtres ; Covent Garden (l’emplacement de la Royal Opera House d’aujourd’hui) et le Théâtre Royal, Drury Lane. Dans « Raison et sentiments », Willoughby entend parler de la maladie de Marianne Dashwood dans le hall du Théâtre Royal, Drury Lane, après y avoir rencontré subitement Sir John Middleton.
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Theatre Royal, Drury Lane in London. Photo Credit: © Elisa Rolle via Wikimedia Commons. Theatre Royal, Drury Lane in London. Photo Credit: © Elisa Rolle via Wikimedia Commons.

La fraîcheur solitaire

Henry a emménagé au 23 Hans Place en 1814, une année après la mort d’Eliza. Jane a logé dans cette maison en 1814 et en 1815. Elle aimait beaucoup le bâtiment et surtout le jardin du square. Sa visite en 1815 a coïncidé avec ses préparatifs afin de publier « Emma ». Son frère est devenu gravement malade, alors Jane est restée pour le remettre sur pied. Elle avait une chambre en bas qui donnait sur le jardin et elle décrit sa routine de travail à l’intérieur suivi par une pause dehors: « Je sors et me ravive de temps en temps et après je rentre dans la fraîcheur solitaire » Peu de temps après qu’il s’est remis, la banque de Henry s’est effondrée, et en conséquence de sa faillite Jane et d’autres membres de sa famille ont perdu de l’argent. C’était probablement sa dernière visite ‘en ville’ car elle est morte dix-neuf mois plus tard. Aujourd’hui certaines maisons de l’époque survivent mais le numéro 23 a été rebâti. Une plaque bleue y commémore le séjour de Jane.

The garden square at 23 Hans Place where Jane Austen refreshed herself. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg. The garden square at 23 Hans Place where Jane Austen refreshed herself. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg.

L’admirateur royal

Carlton House était la résidence à Londres du Prince Régent (le future roi George IV) depuis 1783 jusqu’à sa démolition en 1823. Depuis, elle a été remplacée par Carlton House Terrace qui donne sur le parc St James’s. Le Prince Régent était apparemment un grand admirateur des romans d’Austen et « les avait souvent lus». S’apercevant une fois que Jane était à Londres, il a demandé à son bibliothécaire de « lui rendre visite ». Alors le révérend James Stanier Clarke est venu chercher Austen au 23 Hans Place, l’invitant à visiter Carlton House. Une visite guidée a été proposée par le bibliothécaire lui-même, y compris une visite de la bibliothèque magnifique du Prince. C’était pendant cette visite qu’il l’a ‘invitée à dédier son dernier roman « Emma » au Prince. Elle l’a fait à contrecœur car elle n’était pas une de ses grands admirateurs. En effet, elle avait décrit la femme du Prince, la Princesse Caroline, tourmentée depuis longtemps, dans une de ses lettres : « La pauvre femme, je la soutiendrai le plus longtemps possible parce qu’elle est une Femme et parce que je déteste son Mari »

Le révérend plutôt prétentieux était tellement frappé par Jane qu’il a peint son portrait à l’aquarelle et après, il entretenait une correspondance avec elle, la conseillant même d’écrire un roman sur un pasteur anglais….

Carlton House Terrace, on the site of the former Carlton House. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg. Carlton House Terrace, on the site of the former Carlton House. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg.

‘Jamais de café’

La boutique de thé la plus vieille à Londres, au 216 the Strand, fait du commerce depuis plus de 300 ans. Développée par Thomas Twining, c’était probablement la première boutique de thé sec et de café du monde. Nous savons que la famille Austen, y compris Jane, visitait la boutique. Jane a noté dans son agenda que sa mère lui avait demandé d’aller chercher du thé à Twinings pour en ramener à la maison. Elle a aussi mentionné la hausse du prix du thé dans une lettre à Cassandra. Parmi les autres clients célèbres de Twinings se trouve l’artiste Hogarth, dont la facture était si énorme qu’il a peint un portrait de Richard Twining au lieu de payer. Une copie est exposée dans la boutique. Un autre fidèle était Earl Grey, premier ministre britannique dans les années 1830s, dont le thé tire son nom. A l’époque d’Austen, boire du thé était l’activité préférée des femmes bien que le café figure certainement dans ses romans. Mlle Bates dans « Emma » n’avait pas de doutes à-propos de sa préférence : « Pas de café, je vous remercie, pour moi – jamais de café. Un peu de thé, s’il vous plait, monsieur,…. !

Twinings Tea Shop, 216 Strand, Temple, London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg. Twinings Tea Shop, 216 Strand, Temple, London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg.

Le même que Lord Byron

Austen a changé d’éditeur au cours des dernières années de sa vie. Elle a engagé le prospère John Murray au 50 Albemarle Street pour la parution de « Emma » en décembre 1815 et la deuxième édition de « Mansfield Park » peu après. Voilà les derniers romans d’Austen publiés pendant sa vie. Elle aurait assurément visité le bureau de John Murray en 1815. Il était le centre d’un cercle littéraire, appelé « les Amis de quatre heures », composé d’auteurs qui arrivaient pour un thé de l’après-midi ! Murray publiait principalement de la poésie moderne, des livres de voyage et d’histoire plutôt que des romans. Cependant, il a pu être persuadé de tenter sa chance avec Austen. Il a proposé un peu moins de £450 pour le droit d’auteur de « Raison et sentiments », « Mansfield Park » et « Emma », pas la meilleure affaire du point de vue d’Austen. Néanmoins, elle lui permettait de déclarer qu’elle était la première femme romancière publiée par le même éditeur que Lord Byron, le poète vivant le plus célèbre !

En 1859, John Murray ferait publier « L’Origine des espèces » de Charles Darwin. Depuis plus de 200 ans, 50 Albemarle Street est toujours le siège de l’éditeur, qui a été vendu en 2002.

50 Albemarle Street in London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg. 50 Albemarle Street in London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg.

Le portable de Jane

En 1794, le père d’Austen lui a donné une ‘écritoire’ portable, détenue par la British Library. Ouverte, sa surface inclinée est conçue pour écrire et elle dispose d’un encrier et d’un tiroir pour des objets précieux. Jane se servait peut-être de cette écritoire en rédigeant la première ébauche de ce qui deviendrait « Raison et sentiments » et Orgueil et préjugés ».

L’écritoire a été transmise à Cassandra et plus tard à la famille de leur frère ainé. En 1999, l’arrière-petite-nièce de Jane, Joan Austen-Leigh, l’a léguée à la British Library. A l’intérieur se trouvaient trois paires de lunettes qui, selon la tradition familiale, avaient appartenues à Jane. La British Library détient aussi une lettre écrite par Jane en avril 1816 à James Stanier Clarke, le bibliothécaire du Prince Régent à la Carlton House. Il avait proposé dans sa correspondance précédente qu’elle écrive une romance historique. Austen a décliné avec délicatesse et dans sa lettre elle explique qu’elle «ne pouvait s’assoir sincèrement pour écrire une romance sérieuse sous aucun prétexte sauf pour me sauver la Vie ».

James Stanier Clarke ressemble au horripilant M. Collins dans « Orgueil et préjugées » bien qu’il ait été déjà créé lors de sa rencontre avec Austen. Les objets liés à Austen ne sont pas toujours exposés mais on peut toujours y accéder en ligne.

The British Library, Euston Road, London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg. The British Library, Euston Road, London. Photo Credit: © Ingrid M Wallenborg.

La mort prématurée

Austen est enterrée dans la cathédrale de Winchester mais il y a une petite plaque murale commémorative dans le Coin de Poètes à l’Abbaye de Westminster. Elle est tout près du monument de Shakespeare, ce qui aurait enchanté Austen. Réservez un guide touristique Blue Badge pour vous montrer ceci – et le monument à Lord Byron – pendant une visite guidée de l’Abbaye de Westminster. Étant tombée très malade, Austen est allée a Winchester pour consulter un médecin, mais elle est morte, à l’âge de 41 ans, dans les bras de sa sœur. Son décès a été attribué à plusieurs causes y compris le cancer, la maladie d’Addison et même l’empoisonnement à l’arsenic. Seulement quatre personnes assistaient aux funérailles modestes et la pierre commémorative originale dans la cathédrale de Winchester ne mentionnait aucun de ses livres. Aujourd’hui, deux siècles plus tard, Austen est célébrée comme une des plus grandes romancières en Angleterre et grâce aux adaptations cinématographiques réussies, l’orgueilleux M. Darcy ne sera jamais oublié.

North facade of Westminster Abbey in London. Photo Credit: © David Streets. North facade of Westminster Abbey in London. Photo Credit: © David Streets.

Ingrid Wallenborg

I initially trained to be an actress at the Drama Studio, London, invaluable background for a Blue Badge tourist guide, enabling me to hold the attention of both large and intimate audiences. I have a 1st class Honours degree (University of London), am currently studying for an MA in…

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